Chirac, qui était un grand penseur , avait dit que « les emmerdements , c'étaient comme les cons,
ça volaient en escadrille ». Eh bien sachez que nous aussi avons été survolés, non pas par une
formation de petits avions de tourisme mais, en cette période de confinement, par une escadrille de
super-forteresses volantes qui a déversé sur nos têtes, une matière grasse et malodorante.
Ce produit, les cheminots en enduisent les rails pour faire arrêter les trains. Ils doivent sans doute
partir du principe que la matière fait cale. Vous voyez ce que je veux dire !
Avant d'évoquer ces désagréments, j'ai essayé d'abord d'en établir une hiérarchie puis de définir le
niveau qui me permettrait d'appliquer – ou non – l'autre citation historique du même Chirac à savoir
« ça m'en touche une sans faire bouger l'autre »


E1 : OREILLES


Je veux parler en premier lieu de l'ouie. .
Vous avez peut oui-dire que j'étais dur d'oreille . Alors tendez bien l'oreille et soyez tout ouie .
Quelques jours après le début du confinement ,mon épouse s'est aperçue que mon ouie ouillait et
qu'il lui fallait venir me parler à l'oreille . Comme souvent je répondais oui alors qu'il fallait dire
non – et réciproquement – elle a fini par me tirer l'oreille, l'allongeant ainsi de quelques centimètres
dont elle n'avait pas besoin....l'oreille .
Il fallut se rendre à l'évidence, mes appareils auditifs avaient rendu leur âme d'appareil. Elles
étaient pourtant jeunes et on dit qu' « aux âmes bien nées la valeur n'attend pas le nombre des
années »......Foutaises !!!!!
Mon audio prothésiste a bien voulu venir à son cabinet malgré son confinement.
Il est arrivé pile poil à l'heure. Ce n'est pas un « sexe apile » mais un jeune homme charmant qui
termine toujours ses phrases par « psitchit-- psitchit « .Il a d'abord vérifié les piles qui étaient en
très bon état puis est tombé pile sur la panne des appareils
Il m'a proposé de les remplacer par deux excellents modèles choisis après tirage par « pile ou face »
Je lui ai alors demandé comment identifier les appareils destinés à chacune des deux oreilles.Il m'a
répondu qu'il y avait une petite marque rouge pour l'appareil de droite et une bleue sur l'appareil de
gauche
Comme je lui indiquais que cette distinction n'était pas habituelle, politiquement parlant , et risquait
de m'enduire d'erreur,il m'a répondu que c'étaient désormais les appareils dits « Macron » à la fois
droite et gauche puis il a lancé un retentissant « psitchit » signifiant ainsi qu'il mettait un terme à
l'entretien.
Je l'ai quitté en méditant ce que disait Mayette , à savoir « qu'il n'est pire sourd que celui qui ne
veut rien entendre ».
En guise de conclusion et sans vouloir déplaire à Chirac ou à ses descendants, je peux dire que
cet E1 « m'en a touché une mais en a fait bouger l'autre ».


E2 : DENTS


Il peut paraître curieux d'évoquer un problème de dents au pied du Massif des trois dents, et cela
d'autant plus que , dans cet E2 ,il n'est question que de deux dents.
Cette histoire -également d'appareil me direz vous - m'a littéralement mis sur les dents.
J'ignore si vous vous préoccupez de mon anatomie dentaire mais je porte un appareil qui me
permets ,en cas de besoin , de mordre à pleine dents.Cet appareil est accroché à deux dents
« artificielles » forcément un peu fragiles et plantées dans la mâchoire supérieure.
Ces deux connes ont trouvé le moyen de se desceller, l'une après l'autre , me laissant seulement 4
dents d'origine et m' empêchant ainsi d'utiliser mon appareil dentaire.
Cet incident, peu problématique en temps ordinaire, a eu des effets dévastateurs en cette période de
confinement car je me suis cassé les dents sur la porte close de mon dentiste.
En premier lieu, privé de tout pouvoir de mastication ,je n'avais plus rien à me mettre sous la dent,
sauf la soupe ,la purée et les plats spéciaux préparés par mon épouse qui ,en la circonstance, a fait
preuve de beaucoup de dévouement et d'imagination.
Autre désagrément,l'obligation de parler entre mes dents avec un abondant postillonnage accumulé
dans le masque recommandé par Castaner .
Ah,nous y voilà au masque qui, apparemment , n'a rien à voir avec les dents mais génère des
risques auprès desquels le virus ne semble qu'un intermède anodin.
En effet, les attaches du masque font dresser mes oreilles ,déja très développées ,à la façon de celles
d'un lièvre.Si vous y ajoutez les 4 dents qui me restent ( cf.supra ) ce n'est plus une ressemblance
mais une réalité.Attention,à ne pas confondre avec le lièvre genre : « bonjour madame,merci
madame....bonjour papa,merci papa !!!! »
Voilà quelque chose d'amusant me direz vous.
Très bien car vous savez ,vous , que je ne suis pas un lièvre mais mon voisin ,lui, qui est un grand
chasseur un peu demeuré, ne le sait pas.Devant ce danger potentiel, j'ai cru prudent de confiner dans
mon terrier, accompagné de ma hase
Je suis allé chez mon dentiste déconfiné ( enfin ) .Je ne veux pas avoir la dent dure , mais je garde
néanmoins une dent contre lui pour ne pas m'avoir soigné plus tôt. Je ne lui ai rien dit car avec tous
ses engins de torture, il était armé jusqu'aux dents.
Si je vous paraît un peu agressif c'est parce qu'il y a longtemps que j'ai perdu ma dent de sagesse.
La encore cette E2 m'en a touché l'une mais m'a fait bouger l'autre.Tant pis pour Chirac !


E3 :LAVE-VAISSELLE


Je n'aime pas la vaisselle sale et je ne l'ai jamais aimée. De plus j'appartiens à une génération
d'hommes qui laissaient aux femmes la responsabilité de la laver.....la vaisselle sale. En revanche, la
vaisselle propre ne nous laissait pas indifférent surtout quand elle était remplie de victuailles au
goût et à l'odorat particulièrement agréables, arrosée par ailleurs, de boissons bénéficiant des mêmes
qualités gustatives.
Les femmes se faisaient un plaisir de nous faire plaisir en préparant les mets les plus savoureux.
Les générations suivantes, hélas, avec la complicité des hommes qui sont tombés dans le piège de
la parité ,ont bouleversé ces traditions séculaires .
Il a donc fallu que les hommes acceptent de partager le lavage de vaisselle avec nos tendres moitiés
Nous l'avons d'autant plus accepté,qu'entre temps sont arrivés les lave-vaisselles électriques .
Le confinement du à l'apparition du virus , n'a pas ,du point de vue de la vaisselle salle, modifié
sensiblement ce modus-vivendi......sauf en ce qui me concerne personnellement.
Figurez vous qu'un jour, en plein confinement, notre lave vaisselle est tombé en panne. J'ai bien
essayé de le réparer ,encore fallait il identifier les multiples tuyaux et fils dont est pourvu cet engin.
J'ai donc renoncé. Or ,trouver un réparateur confirmé mais confiné , à quelques confins de Pélussin
et de la Vallée du Rhône, relevait de la chasse au trésor.
J'ai donc été amené à assister mon épouse, car pour rien au monde je ne l'aurai laisser tomber, dans
cette activité nauséabonde qu'est le lavage de vaisselle à la main.
Toutefois ,quand on n'a pratiquement jamais pratiqué cet exercice,ce n'est pas chose aisée de
maitriser le débit d'eau sans se bruler les doigts, la manipulation de la grosse éponge sans risquer de
casser un verre ou une assiette, sans se couper avec un couteau même non aiguisé etc....etc....
De plus ,c'est toujours au moment où l'on a les mains pleine de savon gras qu'il vous prend une
envie irrépressible de pisser.
Finalement ,mon épouse a eu pitié du calvaire que j'endurais et des dangers que je faisais courir à la
vaisselle. Elle m'a demandé, sans agressivité, de lui rendre mon tablier, ce que j'ai fait avec un
lâche soulagement . (cf.Léon Blum à Munich)
C'est alors qu'un miracle s'est produit auprès duquel celui de Bernadette Soubiroux n'est qu'une
triste plaisanterie..Le technicien compétent et confiné que j'avais déniché chez « Expert » s'est
présenté à la maison .Ce Saint Dépanneur a emmené la machine infernale et nous l'a ramenée
quelques jours plus tard ,plus réparée que jamais.
Je m'en suis bien sorti mais,une fois de plus j'ai donné tort à Chirac . L'une a bougé mais l'autre
aussi.


E4 :VOLET ROULANT ELECTRIQUE


Je ne voudrai pas plagier George Feydeau mais il y a un peu de Feydeau dans cette E4.
La fenêtre de notre chambre se trouve juste en face – et à 20 mètres de distance –,de la fenêtre
d'une maison habitée par un vieux couple –plus vieux que nous -dont le monsieur ressemble un peu
à Léo Ferré.
Loin de moi l'intention de prêter de mauvaises intentions à cet homme,certainement respectable,
mais le fait est là. Avec mon épouse ,le soir ,nous avons l'habitude de pénétrer dans notre chambre,
sans fermer la lumière et fenêtre grande ouverte puisque nous n'avons rien à cacher .
Depuis quelques jours nous avions remarqué que c'était le moment précis où Léo Ferré s'appuyant
sur la barrière de son jardin décidait de prendre la fraicheur de la nuit qui s'annonce, les yeux
branchés dans notre direction .
Nous n'avons rien à cacher mais nous n'avons rien à montrer non plus.Nous avons donc décidé de
fermer systématiquement le volet électrique, dès notre arrivée dans la chambre .
Oui mais encore fallait il que le moteur de ce volet ne tombât pas en panne. J'ai tout de suite suspecté
la télé-commande beaucoup plus vulnérable à ma colère que le moteur .
C'est alors qu'il m'est revenu à la mémoire que j'avais une solution, à savoir que je disposais d' une
télé commande générale qui commandait l'ensemble des volets des 6 fenêtres de la maison.
Très fier d'avoir pensé à cette solution et désireux de mettre un terme au voyeurisme supposé de
Léo Ferré, j'ai activé la télé commande générale en question.Surprise, le volet de notre chambre
s'est bien baissé, me baignant dans une grande satisfaction. J'avais vu juste, c'était bien la
télécommande de la chambre qui était en panne et non le moteur .
J'ai alors pris conscience qu'il y avait une interdépendance entre le moteur de la chambre et
l'ensemble des 5 autres moteurs de la maison ,ce qui compliquait sérieusement les choses et
m'empêchait d'agir avec rationalité comme j'ai habitude de le faire .
Certes , ce que j'expose ci-dessus n'est pas très rationnel ou alors « ce qui se conçoit bien
s'expliquant très aisément » comme dit le proverbe ,il doit y avoir, chez moi, un problème de
conception dans la gestion des volets électriques.
Vous constaterez en effet que le dénouement simpliste de cette affaire n'était pas à l'échelle de la
complexité telle que je la décris ci -dessus.
En désespoir de cause ,j'ai mis la main sur un technicien non confiné qui habite dans mon village et
lui ai fait part de mes soucis.
Quand il est arrivé ,j'ai été surpris qu'il n'ait pas apporté sa boîte à outil habituelle.
Il faut dire qu'il me connait bien....
Il a ouvert la télécommande, m'a demandé un morceau de carton, en a découpé un petit carré de 1
centimètre de coté qu'il a fourré dans le boitier, puis est reparti séance tenante, en me gratifiant d'un
sourire entendu .
La télécommande, objet du délit , était de nouveau opérationnelle et Léo Ferré a peut-être été privé
du spectacle que nous l'avons suspecté de rechercher chaque soir.
Tout cela, me direz vous n'était pas très grave.Voilà la raison pour laquelle j'ai donné raison à Chirac
La E4 m'en a touché une sans faire bouger l'autre.


E5.THERMOMETRES


Je pensais en avoir terminé avec toutes ces E diverses et variées qui portent le témoignage d' un
certain éclectisme de ma part .
Que nenni,hélas!Est-ce la fatigue ou l'anxiété ou l'énervement mais j'ai tout à coup ressenti une très
nette montée de fièvre qui s'est traduit par des bouffées de chaleur,une grande fatigue et un « malêtre
» caractérisé.
J'ai pris ma température ,un surprenant 36.6.Décidément mon thermomètre n'était sans doute plus
plus fiable.Il est vrai que je l'avais acheté en1995.
Un peu anxieux,j'ai repris ma température dans la soirée mais avec un autre appareil plus récent.La
fièvre était un peu montée : 36.9.Décidément, je ne pouvais plus faire confiance à ces engins,les
symptômes n'ayant pas disparus.
Le lendemain, mon épouse est allée acheter un thermomètre à la pharmacie du village,bien que ma
santé se soit nettement améliorée au cours de la nuit. Cette fois-ci le thermomètre indiquait 38.5.
Remis sur pied mais furieux,je suis allé à mon tour voir le pharmacien pour lui proposer de
reprendre cet engin.Ce n'est pas possible m'a répondu ce commerçant.On ne traite pas un
thermomètre comme une voiture automobile.Il n'y a pas d'Argus dans ce domaine.
Comme je lui expliquais mes déboires ,il m'a aimablement répliqué qu'au lieu de changer de
thermomètre il aurait mieux valu essayer de changer d'orifice.
Facile à dire,mais à faire avec des oreilles bouchées par des appareils,une bouche avec peu de dents
et des aisselles lavées à l'eau de vaisselle.
Comme le pharmacien me regardait d' un oeil narquois ,je lui ai balancé son thermomètre à la figure
en lui disant « je vous le rends,mettez vous le où vous voudrez ».
J'ai quand même repris ce thermomètre pour commencer une collection.

M. Malfois

texte daniel

poesie